Présentation de l'entretien
Je vais m'entretenir avec vous sur la gestion opérationnelle en tant que chef de département.
L'objectif de cet entretien consiste à diagnostiquer les réalités de terrain : l'accompagnement
direct des étudiants et le suivi des anciens étudiants. J'ai quelques thématiques autour desquelles
nous allons échanger : la connaissance de vous-même, l'état des lieux et des ressources,
l'accompagnement des étudiants et le suivi des anciens étudiants.
Parcours & quotidien
Pour commencer, je voudrais vous demander si vous pouvez me parler de votre quotidien à la tête
du département et de votre parcours de formation. Quelle formation avez-vous suivie pour être
aujourd'hui à la tête du département de l'agronomie au sein de l'Université de Sarh ? Et votre
quotidien, qu'est-ce que vous faites quotidiennement en termes de responsabilités ?
Merci. Mon nom, c'est Assiné Avugli. Par rapport à mon parcours, j'ai eu un baccalauréat
série D en 2000, au lycée Jacques Moïna de Bangui. Après ce baccalauréat, j'ai été admis en
première année du tronc commun de l'Institut universitaire des sciences agronomiques et de
l'environnement de Sarh. J'ai passé trois années ici et je suis sorti titulaire d'un diplôme
d'ingénieur des travaux agricoles en 2003.
Après cela, comme il y avait des problèmes de recrutement des enseignants scientifiques,
j'ai été recruté comme professeur de mathématiques. Puis après cinq années au ministère de
l'éducation, je suis allé à la Faculté d'Agronomie et des Sciences Agricoles de l'Université
de N'Djaména, où j'ai fait un master en sciences du sol. Après ce master recherche, j'ai été
affecté ici à l'Université de Sarh, à la faculté d'agronomie.
Ensuite j'ai préparé une thèse à l'Université de Maroua en pédologie — car la pédologie,
c'est la science du sol. En master, j'avais fait quelque chose de plus général : minéralogie
des sols, chimie des sols, physique des sols. La thèse m'a permis de me spécialiser en pédologie.
Quand je suis revenu ici, je me suis retrouvé parmi mes anciens — le doyen Kaboul,
le vice-président en charge de la recherche le professeur Guanpaï — qui ont facilité ma venue.
Après quatre années, on m'a confié le département des sciences agronomiques. Et en 2025,
lors de la 47e session du CAMES, j'ai été promu au grade de Maître Assistant.
Et vos responsabilités à la tête du département au quotidien, qu'est-ce que vous gérez ?
À la tête du département, je suis chargé de programmer et de suivre les cours. Dans un premier
temps, on répartit les matières par rapport au profil des enseignants. Puisqu'on a déjà un
programme, on voit les profils et on leur attribue les matières.
Le chef de département est chargé de suivre les enseignements. Chaque jour, le délégué nous
ramène le cahier de texte. Nous essayons de voir si les cours donnés correspondent au syllabus.
Nous établissons ensuite des fiches de suivi mentionnant l'identité de l'enseignant, les heures
de cours et leur détail. L'enseignant signe à la fin. Nous vérifions la conformité entre la
fiche et le cahier de texte, puis nous acheminons cette fiche au doyen.
Nous choisissons également les vacataires. Quand une matière n'a pas d'enseignant sur place,
nous déposons des demandes et identifions le profil le mieux adapté pour l'attribuer à un vacataire.
Actuellement, quels sont les dossiers qui mobilisent vraiment votre attention ?
En tant que chef de département, c'est devenu presque un travail de routine. Nous voulons que
les cours soient faits normalement et à temps. Nous veillons sur les absences — quand on programme
un enseignant, on lui demande son avis. Nous tenons beaucoup à la ponctualité, et surtout le
ministère nous le demande. La vice-présidente chargée des enseignements nous rappelle presque
chaque semaine sur l'état d'avancement des cours. Chaque jour, notre priorité est de vérifier
que la programmation est respectée.
Orientation & dispositifs existants
Nous allons faire un état des lieux par rapport à l'orientation de vos étudiants. Comment
décririez-vous les dispositifs formels ou informels qui existent — ou qui n'existent pas —
au sein de votre établissement concernant l'orientation et l'insertion des étudiants ?
Est-ce qu'il y a un dispositif pour les suivre, assurer leur orientation, les préparer à leur sortie ?
Non, nous n'avons pas de dispositif dans ce sens. Quand un étudiant entre en première année,
nous savons qu'il va choisir soit le département de l'environnement, soit celui des sciences
agronomiques, soit celui des ressources halieutiques. La latitude est laissée aux étudiants
pour le choix de leur filière.
Les orientations se font parfois de façon informelle dans les cours. Par exemple, dans mon cours
de phytotechnie générale, il est question de définir le mot agronomie, de faire la différence
entre agronomie et agriculture. Cela m'amène à expliquer les champs de l'agronomie et de
l'agriculture. Mais sinon, il n'y a pas de dispositif proprement dit pour orienter les étudiants.
Ressources disponibles
Si vous deviez mettre en place un dispositif, de quelles ressources disposez-vous pour mener
à bien cette mission ? Les ressources humaines, matérielles, foncières ?
Les ressources humaines, je crois qu'il y en a assez. Et chez nous, l'orientation vers
l'entrepreneuriat agricole est une piste très sérieuse. Nous avons de vastes superficies
de champs sur lesquelles les étudiants peuvent s'exercer. Nous avons juste à 150 hectares ici,
qui peuvent être mis en exploitation. Puisqu'ils sont en formation dans le domaine de l'agronomie,
ils peuvent y être suivis pour développer des aptitudes d'employabilité de façon directe —
soit en s'auto-employant, soit en préparant leur insertion dans le secteur.
Accompagnement individuel des étudiants
Concrètement, comment se passent les échanges lorsqu'un étudiant vient vers vous pour exprimer
des préoccupations liées à son avenir professionnel ?
Ils sont nombreux à venir nous voir. En première et deuxième année, ils sont encore un peu
hésitants. Mais dès la troisième année, ils nous fréquentent beaucoup. Ils nous posent même
des questions au-delà de la licence — comment faire après, quelles perspectives. On échange
vraiment à partir de la troisième année. Ils sont très ouverts et nous collaborons beaucoup.
Et quand ils viennent poser leurs problèmes, vous les orientez vers des interlocuteurs extérieurs ?
Oui, si nous connaissons une structure ou quelqu'un, nous les orientons là-bas pour plus
d'informations. Parfois, quand on a une adresse trouvée quelque part, on la leur remet pour
qu'ils puissent écrire. C'est-à-dire qu'on leur donne des conseils et des contacts.
Nous abordons concrètement le travail que la future Cellule d'Orientation pourrait faire :
mettre à disposition des étudiants des ressources utiles pour préparer leur employabilité —
ateliers de préparation aux entretiens d'emploi, démarches de recherche d'emploi via le
numérique. C'est la raison pour laquelle il est important d'échanger avec vous pour voir
comment cela peut être possible concrètement.
Suivi des anciens étudiants
Quelles sont les méthodes utilisées au sein de votre département pour rester informé du parcours
de vos anciens étudiants après leur départ de l'université ?
Il n'y a pas de méthode proprement dite. Comme je le disais, à partir de la troisième année,
les étudiants se rapprochent tellement de nous qu'ils ont nos numéros. Le plus souvent, quand
il y a une offre de recrutement, ils nous contactent directement pour des lettres de recommandation.
Il y a aussi deux dernières promotions qui ont créé des groupes WhatsApp d'initiative propre,
et qui nous y ont inclus. Nous y partageons les avis de recrutement que nous trouvons, et eux
font de même. Mais au niveau du département, nous n'avons pas développé de stratégie formelle
pour suivre les anciens ni connaître leur situation professionnelle exacte.
Vous-même, par exemple, vous êtes un produit de l'Institut. Pourquoi pas une association des
anciens étudiants qui pourrait apporter une contribution pour orienter les cadets ? Vous savez
que tel diplômé est dans tel ministère ou dans tel projet. Vous orientez les jeunes vers vos
aînés. Il faut avoir un réseau, car l'emploi aujourd'hui est aussi une question de réseau.
Si les diplômés se connaissent entre eux, cela leur permettra de mieux préparer leur insertion.
Les groupes WhatsApp existants pourraient être le point de départ pour fédérer les autres promotions.
Oui, c'est une ressource qui était là, mais que nous n'avons peut-être pas su entretenir.
Comme vous le dites, si on créait un cadre d'échange structuré, ça permettrait aux plus jeunes
de connaître les plus anciens et cela pourrait tirer beaucoup de personnes vers le haut. C'est
vraiment une bonne chose.
Nous utilisons déjà les relations de nos anciens diplômés pour trouver des stages. Par exemple,
l'année dernière, on a trouvé deux places pour nos étudiants dans le projet LIRET grâce à
quelqu'un de Sarh qui y travaille. Le délégué de l'agriculture du Mandoul, c'est quelqu'un
avec qui nous avons étudié ici — je l'ai appelé pour des stages, il a facilité l'accès.
À la CST aussi, nous avons des diplômés. Quand nous introduisons des demandes de mini-stages,
nous passons toujours par ces contacts.
Donc oui, la ressource existe. Nous n'avons juste pas su l'organiser formellement. Si on
devait créer quelque chose de structuré, ça pourrait vraiment faire la différence.
Perspectives & cellule d'orientation
Nous encourageons vraiment cette initiative au niveau de chaque site, pour que les anciens
puissent avoir un cadre d'échange entre eux. Cela permet d'aider les plus jeunes et même
d'initier des projets de développement en lien avec leur formation.
Après ma mission, il y aura une mission du ministère avec la cellule de coopération scientifique
et universitaire de l'Ambassade de France, qui appuie ce projet. Des personnes viendront vous
rencontrer sur le terrain pour discuter du rapport que je vais produire et envisager la création
de cette cellule. Le grand souci, c'est que les jeunes sortent sans outils d'insertion. Ils ne
savent parfois pas écrire une lettre de motivation, construire un CV professionnel. Ce sont
pourtant des outils puissants de recherche d'emploi.
Ce que vous dites maintenant, c'est un vrai stimulus. Par rapport à la mutualisation des efforts,
nous avons partout des collègues et des diplômés qui travaillent. Nous utilisons déjà leurs
relations pour les stages. Dans notre programme, il y a un mini-stage en 3e année et un stage
d'insertion socio-professionnelle. Ce réseau informel existe — nous n'avons juste pas su
l'entretenir et l'organiser.
Si on devait créer un cadre structuré entre nous, ça permettrait aux plus jeunes de connaître
les plus anciens et de tirer beaucoup de personnes vers le haut. C'est vraiment encouragé.
Nous attendons avec intérêt la suite de cette démarche et la création de cette cellule.
Je ne sais pas si vous avez un dernier mot. Par rapport à nos échanges, qu'est-ce que cela
vous inspire, peut-être une réflexion au-delà de ce qu'on vient de dire ?
Ce que vous dites est vraiment un stimulus pour nous. La mutualisation des efforts est essentielle.
Nous avons des diplômés partout — dans les projets, les délégations, les instituts de recherche.
Ces liens existent déjà, il faut maintenant les formaliser pour les mettre au service des
étudiants actuels.
Je terminerai en disant que si cette cellule voit le jour et dispose de moyens suffisants,
elle pourra vraiment changer les choses pour nos étudiants. Les aider à écrire leur CV,
à se préparer aux entretiens, à connaître les opportunités qui existent — c'est ce dont
ils ont besoin avant de sortir. Nous sommes prêts à collaborer pleinement dans ce sens.