🌿 Diagnostic APES-Tchad · 2025

Douma Nguemessou

Chef du Département Santé Animale · INSEM · Moussoro, Tchad

Entretien réalisé dans le cadre du projet APES — Appui à la Professionnalisation de l'Enseignement Supérieur au Tchad. Douma Nguemessou, vétérinaire de formation et ancien chercheur, dirige le département de santé animale de l'INSEM. Cet entretien porte sur l'orientation et l'insertion professionnelle des étudiants, ainsi que sur les perspectives de création d'une cellule d'aide dédiée au sein de l'établissement.

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Un parcours au service de la santé animale tchadienne

Douma Nguemessou est vétérinaire de formation et ancien chercheur. Il dirige le département de santé animale de l'Institut National Supérieur d'Élevage de Moussoro, établissement universitaire spécialisé dans les filières agricoles et d'élevage. Son département accueille actuellement 30 étudiants — 20 en troisième année et 10 en deuxième année — encadrés par une équipe d'enseignants permanents complétée par deux à trois vacataires. Il assure lui-même l'enseignement de plusieurs matières dans les deux années.

Son engagement dépasse largement le cadre strictement académique. Dès l'arrivée des étudiants, il s'attache à leur donner une vision claire et réaliste de leur avenir professionnel. Il leur explique les différents débouchés de la santé animale — soigner les animaux, inspecter les viandes, conseiller les éleveurs — et interroge leur vocation : ont-ils des animaux chez eux ? Aiment-ils ce métier ? Car pour lui, la réussite professionnelle dans ce secteur repose avant tout sur une conviction personnelle et une volonté de s'investir sur le terrain.

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Un marché du travail difficile : entre espoir et réalité

La situation de l'emploi pour les diplômés de la santé animale au Tchad est préoccupante. L'État, qui devrait théoriquement recruter ces agents pour les déployer sur le terrain, ne dispose pas des moyens nécessaires. Douma Nguemessou cite l'exemple d'un ancien ministre de l'Élevage qui, après une mission de terrain révélant l'absence d'agents vétérinaires dans les zones rurales, avait demandé de former 5 000 agents en trois ans. Malgré cet élan, sur les 300 à 400 étudiants effectivement formés, la grande majorité reste sans emploi, certains ayant été contraints de se reconvertir.

« L'État a l'obligation de former, mais pas celle de donner du travail. C'est à chacun de développer son activité personnelle. »

Face à ce constat, Douma Nguemessou adopte une position pragmatique : il prépare ses étudiants à l'autonomie dès leur formation. Il les encourage à se tourner vers le secteur libéral, à aller au-devant des éleveurs, à construire une réputation par la qualité de leurs interventions. Ceux qui ne développent pas cette démarche proactive risquent de rester sans emploi à la sortie.

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Des dispositifs informels mais porteurs : la clinique du département

En l'absence de dispositif formel d'orientation, le département a développé une pratique remarquable : une clinique vétérinaire interne, dotée de ses propres animaux, sur lesquels les étudiants s'exercent lors des travaux pratiques. Cette clinique fonctionne sans budget dédié — les médicaments sont parfois achetés par les enseignants eux-mêmes.

Au-delà du campus, Douma Nguemessou a mené des sorties dans les quartiers de Moussoro avec ses étudiants pour soigner les animaux des éleveurs locaux. Ces interventions bénévoles ont progressivement fait connaître le département dans la population. Certains éleveurs viennent désormais solliciter les étudiants directement.

« S'ils continuent ainsi, ils peuvent en vivre. »

Cette expérience de terrain, bien que non institutionnalisée, préfigure exactement ce que les étudiants devront faire après leur diplôme.

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Un manque criant de ressources matérielles

Malgré la richesse de l'engagement humain, les ressources matérielles du département restent très insuffisantes. Les laboratoires ne sont pas équipés pour réaliser des analyses — prélèvements, diagnostics biologiques — ce qui limite considérablement la qualité des enseignements pratiques. Il n'existe pas non plus de matériel de travaux pratiques en nombre suffisant.

Besoins identifiés
  • Laboratoires équipés pour prélèvements et analyses biologiques
  • Matériel de travaux pratiques en nombre suffisant
  • Budget pour les médicaments utilisés en clinique
  • Ressources humaines qualifiées pour la future cellule d'orientation
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La cellule d'orientation : une nécessité plébiscitée

Douma Nguemessou soutient pleinement la création d'une cellule d'aide à l'orientation et à l'insertion professionnelle au sein de l'INSEM. Pour lui, une telle structure permettrait de prendre en charge de manière organisée ce qu'il fait aujourd'hui seul et de façon informelle : orienter les étudiants, les mettre en relation avec des employeurs, les accompagner vers l'autonomie.

Pour être efficace, cette cellule devra disposer de ressources humaines qualifiées ainsi que des moyens logistiques et financiers adéquats. Elle pourrait également mutualiser les initiatives existantes : organiser des interventions de professionnels extérieurs, structurer le réseau des anciens diplômés, et développer des partenariats avec les délégations de l'élevage et les projets agricoles présents dans la région.

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Le suivi des anciens : une pratique personnelle à institutionnaliser

Douma Nguemessou conserve les numéros de téléphone de ses anciens étudiants et reste en contact avec nombre d'entre eux. Certains lui envoient des vidéos d'animaux malades, il leur prodigue des conseils à distance. Mais ce suivi repose entièrement sur sa démarche personnelle : si un autre chef de département prenait sa place, ces liens disparaîtraient avec lui.

« Il faut que ça devienne une activité du département, pas d'une personne. »

Il plaide pour la mise en place de canaux formels et pérennes : un répertoire des diplômés, une page Facebook ou un groupe WhatsApp du département. Ces outils permettraient aux étudiants actuels de s'inspirer des parcours de leurs aînés, et aux anciens de partager leur expérience au bénéfice de l'institution.

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Former des professionnels complets : gestes du métier et polyvalence

Pour Douma Nguemessou, le vétérinaire est un professionnel polyvalent : il pratique à la fois l'élevage et l'agriculture. Il insiste pour que ses étudiants transmettent des connaissances pratiques à leur entourage — notamment sur la gestion de la reproduction animale. Il a observé que la majorité des animaux abattus dans les abattoirs locaux sont des femelles, ce qui menace à terme le cheptel national. Ses étudiants sont formés à corriger ces pratiques.

Les gestes professionnels occupent une place centrale dans son enseignement : approcher les animaux en toute sécurité, les mettre en confiance, réaliser les gestes cliniques de base (prise de température, injections, vaccinations). Chaque geste est d'abord démontré par l'enseignant, puis reproduit et évalué. Il aborde également le conflit éleveur-agriculteur, enseignant que la première réponse doit toujours être l'excuse et la réparation.

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Vers un parcours entrepreneurial intégré à la formation

Face à l'incapacité de l'État à absorber les diplômés, Douma Nguemessou défend avec conviction la voie libérale et entrepreneuriale. Il illustre son propos par son propre parcours : parti de deux chèvres achetées en 2012, il a progressivement constitué un troupeau dépassant 150 animaux, au point d'employer des personnes pour en assurer la gestion.

« Il ne faut pas attendre d'avoir des moyens colossaux pour commencer. Il faut accepter de s'installer sur deux à quatre ans avant de compter sur un revenu stable. »

Il soutient l'idée d'intégrer un projet de création d'entreprise dans l'évaluation du diplôme. Plutôt qu'un simple rapport de stage, l'étudiant devrait présenter un projet concret — une clinique vétérinaire, une exploitation d'aviculture. L'implication régulière à la clinique du département devrait être valorisée comme preuve d'aptitude entrepreneuriale. Pour Moussoro spécifiquement, il recommande l'aviculture, mieux adaptée au climat local et offrant des perspectives de revenus plus rapides.

Conclusion et perspectives

Douma Nguemessou conclut en saluant le travail accompli par le projet APES : structuration des archives, mise en ligne de cours sur la plateforme numérique, fourniture d'un vidéoprojecteur. Ces apports ont amélioré concrètement les conditions de travail du département.

Ses recommandations sont claires : créer une cellule d'orientation dotée de moyens suffisants, institutionnaliser le suivi des anciens diplômés via des outils numériques, équiper les laboratoires, et intégrer une dimension entrepreneuriale explicite dans l'évaluation. Ces mesures permettraient de transformer une formation de qualité en véritable tremplin vers l'emploi pour les jeunes diplômés de l'INSEM.